Le poids du passé - Jessica Rodiguez
Jessica Rodiguez

Mannequin à mes heures, j’emploie la moitié de mon temps à finaliser mes études en esthétique et pour rencontrer le prince charmant. Parce que ce n’est pas toujours facile d’être célibataire de nos jours pour une romantique comme moi. Oh non! C’est d’ailleurs pourquoi ce blogue existe: pour vous raconter – façon sex and the city – mes péripéties de célibataire à Montréal.

Le poids du passé

Le poids du passé - Jessica Rodiguez

Charlène a mis du temps avant de retrouver des relations sereines avec sa mère. La naissance de sa propre fille avait réveillé des blessures anciennes et enfouies dans son passé.

Lorsqu’elle eut quinze ans, son grand-père, en qui elle avait une confiance absolue, lui confia que sa mère n’avait pas été à la hauteur suite à sa naissance. Elle l’avait laissé pleurer pendant des heures, alors que Charlène avait faim, ne l’avait pas suffisamment nourrie, elle ne l’avait pas toujours suffisamment couverte en plein hiver, et surtout elle l’avait laissée sans soins chaque fois que Charles était absent.

Charlène n’avait jamais remis en cause les révélations de son grand-père. Il n’était pas le genre d’homme à faire des histoires, ni à raconter des mensonges. S’il avait révélé ceci à sa petite-fille, c’est qu’il voulait simplement qu’elle sache ce qui s’était passé. Et Charlène, qui n’avait jusque-là jamais pu expliquer cette distance qu’elle avait besoin de mettre avec sa mère, comprenait enfin ce qui devait probablement se passer dans son subconscient.

Cette année, Charlène a donné naissance à son premier enfant, une petite fille blonde comme les blés. Et pendant plusieurs mois, elle n’a pu accepter de laisser sa mère la prendre dans ses bras. Il lui semblait que c’était lui faire un cadeau qu’elle ne méritait pas. Elle n’avait pas su elle-même, il y a presque trente ans, s’occuper de sa propre fille, comment pourrait-elle être une grand-mère attentionnée ?

Et puis, au cours du temps, ses ressentiments s’étaient apaisés. Elle avait compris que même si sa mère n’avait jamais su être maternelle, elle n’avait certainement pas agi dans l’intention de faire du mal. Certainement, elle n’avait pas su être à la hauteur, mais probablement, elle n’avait pas agi ainsi volontairement.

Julien, son mari, qui tentait toujours d’apaiser les situations, avait tout fait pour aider Charlène à retrouver la sérénité dont elle avait besoin, pour vivre enfin des relations plus détendues avec sa mère. Il avait beaucoup parlé à sa femme, sans jamais chercher des excuses à sa belle-mère. Toujours, il avait su trouver les bons mots, et c’est aussi pour cette raison que Charlène était fière d’être sa femme.

Un jour d’été, après le déjeuner, alors qu’ils étaient tous installés sous l’abri soleil toile installé dans le jardin, Charlène expliqua à sa mère qu’elle savait ce qui s’était passé il y a trente ans, et qu’elle lui pardonnait.

Ce n’est que depuis ce jour que Charlène se sent libérée d’un poids inexplicable.